Paroisse Saint Loup


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Homélies

17 février 2024

Mercredi des Cendres

14 février 2024, Eglise Saint Jean-Baptiste, Vif

Ingrédients pour un bon Carême

Voici donc que le Sermon de Jésus en arrive aux trois piliers qui structurent la piété juive et que Jésus prend ici au sérieux : l’aumône (versets 1-4), la prière (versets 5-6) et le jeûne (versets 16-18). A nouveau en forme d’antithèses, ces trois monitions remontent aux traditions conservées par la communauté de Matthieu, lequel s’est contenté d’adjoindre au motif de la prière le texte du « Notre Père », qui ne fait pas partie de l’évangile de ce jour, assorti d’un commentaire (verset 7-15).
L’évangéliste est également responsable du verset 1 qui donne le ton à l’ensemble et commence littéralement ainsi : « Gardez-vous de pratiquer votre justice à la face des hommes pour être regardés par eux. » Ce qu’il convient de faire pour « coller » à la volonté de Dieu, la « justice » concrétisée dans les actes de piété, est à nouveau en jeu du point de vue de l’intention profonde. La question fondamentale est celle-ci : qui veut-on prendre à témoin de sa qualité de juste ? Les hommes ? Dans ce cas, que l’on se contente de l’appréciation des hommes ! Mais c’est dévoyer la « justice » qui, au jugement final, se révélera comme une affaire entre soi et Dieu. Le mot « récompense » qui reviendra dans les versets suivants correspond en grec au juste salaire de ce pour quoi on a investi et travaillé.
Déjà appelée « (acte de) justice » chez les Sages (cf. Siracide III, 30), l’aumône (versets 2-4) est une institution juive importante. Elle tient la place des services d’assistance de nos sociétés modernes et traduit la fraternité exigée par l’Alliance : secourir le pauvre efface les péchés (Tobie XII, 9) et vaut un sacrifice (Siracide XXXV, 4) ; se fermer aux nécessiteux, c’est risquer de voir sa prière inexaucée (Siracide IV, 6 ; VII, 10). Jésus ne renie nullement cette spiritualité mais il en dénonce la pratique ostentatoire. Celui qui « se donne en représentation » - c’est la traduction correcte pour le mot « hypocrite » - devra se contenter de félicitations humaines. « Faire sonner de la trompette » ou de la trompe liturgique juive, se comprend au sens figuré, à moins qu’ait existé l’usage de sonner de cet instrument dans la synagogue pour signaler en exemple l’offrande importante de quelque assistant.
Quant au mot « hypocrite », il n’apparaît qu’une fois chez Marc, 3 fois chez Luc, nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament, mais 14 fois chez Matthieu, comme une de ses apostrophes favorites à l’égard des scribes et des pharisiens.
Au sens moderne, l’attitude de l’hypocrite « consiste à cacher ses sentiments et à montrer des qualités qu’il n’a pas » (Petit Larousse). Matthieu n’est qu’indirectement responsable du glissement intérieur du mot vers cette acception éthique. Pour lui, le terme garde encore son sens grec concret : hypocrite signifie acteur, donc celui qui joue un rôle pour des spectateurs, « pour la galerie », sans oublier que, dans le théâtre antique, les acteurs portaient un masque. Au sens ancien, le terme « hypocrite » n’a pas de connotation péjorative (tromper le spectateur), à moins que le contexte ne le précise.
Les emplois du mot par Matthieu imposent deux remarques. Fondamentalement, le cercle pharisien et les scribes entendent donner l’exemple d’une parfaite fidélité à la Loi pour un petit peuple souvent désorienté. Matthieu juge cette attitude comme destinée en fait à la galerie et, par là, il sème le doute sur les dispositions intérieures de ceux qui se posent en modèle. Mais la tradition pharisienne réprouve elle-même la piété ostentatoire.
Il n’est donc pas de bonne guerre de prendre pour argent comptant le portrait des pharisiens qui se dessine sous la plume de l’évangéliste. Si, comme souvent, la polémique force ici la note, c’est que Matthieu voudrait éviter aux chrétiens de tomber dans ce défaut, et c’est eux qu’il vise au premier chef à travers ce portrait outrancier.
Le vrai disciple, lui, se signalera par sa discrétion, non par calcul, mais dans un abandon filial à Celui qui est le seul à pouvoir apprécier la valeur du geste posé. Le refrain « ton Père qui voit dans le secret » (versets 4, 6 et 18) souligne cette relation intime et exclusive. « Ta main gauche », symbole du témoin le plus proche, ignorera l’acte accompli ; en d’autres termes, tu perdras jusqu’au souvenir qui comptabiliserait ta bonté. Un rabbin dira de même : « Qui fait l’aumône en secret est plus grand que notre maître Moïse. »
L’enseignement sur la prière couvre les versets 5 à 15. Ce petit ensemble se décompose en trois parties : d’abord un désaveu de la prière ostentatoire et prolixe (versets 5-8), puis le texte du Notre Père (versets 9-13) ; enfin, versets 14-15, un commentaire de la dernière demande du Notre Père.
Pour mieux saisir la portée de la leçon, il faut évoquer la synagogue du premier siècle. Le jour du sabbat, on s’y réunit surtout pour écouter la Parole de Dieu. L’office s’ouvre par quelques bénédictions plutôt sobres dont le Notre Père suggère le style. Ainsi, la synagogue n’était pas le lieu de prières interminables. Bien des Juifs critiquaient sans doute aussi ceux qui profitaient de cette assemblée pour étaler leur dévotion, par exemple en se tenant ostensiblement debout quand les autres étaient assis. Chez les chrétiens, Matthieu ne condamne pas la prière commune, mais l’ostentation de certains. Le dialogue intime qu’est la prière personnelle exige le tête-à-tête, « au fond de ta maison ». Toute tentative pour se gagner une réputation par la piété se voit alors condamnée comme une déviation.
« Quand vous priez… » : le verset 7 revient au pluriel, visant à la fois la prière personnelle et la célébration commune. Or, au temps de Matthieu, la synagogue connaît une sorte de réforme liturgique : on récolte les formules de prières en usage ici et là ; du coup, les bénédictions de la synagogue commencent à s’allonger. Y a-t-il alors une concurrence entre les synagogues et certaines Eglises… à qui priera le plus longuement ? Ce n’est pas impossible. En tout cas, l’évangéliste s’en prend à la prière verbeuse que l’on prêtait aux religions païennes. Celles-ci sont prises ici comme un contre-exemple caricatural. On ne s’arrête pas sur la valeur de l’expérience religieuse de certains polythéistes ; l’essentiel est d’inviter à la sobriété. Certes, le Nouveau Testament recommande la prière incessante et insistante ; pourvu, cependant, qu’on n’oublie pas le visage d’un Dieu Père. Ce Dieu attend notre prière, non pas pour s’informer, mais pour que nous nous mettions en état de recevoir, dans la confiance filiale. Le Notre Père se présente alors comme la prière clé, tant personnelle que communautaire.

Père Thibault NICOLET

Références des textes : Livre du prophète Joël II, 12-18 ; Psaume L (LI) ; Deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens V, 20 – VI, 2 ; Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu VI, 1-6.16-18

17 février 2024

Sixième dimanche du Temps Ordinaire Année B

11 février 2024, Eglise Saint Jean-Baptiste, Vif / Dimanche de la santé

Vivre avec les autres jusqu’à les toucher

Nous voilà transportés dans une ville dont on ne connaît pas le nom (sans doute a-t-elle reçu la mission de représenter toutes les villes du monde) où l’Esprit-Saint attend que nous vénérions un inconnu à la face rongée, exclu de toute vie sociale, reconnu contagieux, jugé impur, indigne de Dieu, et par là rejeté par les religieux aux mains propres et à la peau nette. Cependant, ce sous-homme, habituellement planqué jusqu’à l’inhibition la plus aiguë, va risquer son va-tout, en fonçant vers le Christ sous un halo de puanteur, espérant toucher de près la compassion du Créateur. Inversion des rôles. Ce dernier, toujours premier en amour, touché par tant d’adoration, touche l’enfant immonde et le guérit à son appel. La peau neuve, et pour le coup belle et bien nette, reçoit pour seule consigne de garder pour elle le miracle accompli et, par-dessus tout, le nom du thaumaturge, ce qu’elle ne saura faire. Impossible d’en tenir rigueur à l’ex-lépreux ! La lumière ne doit-elle pas refuser l’ombre du boisseau pour lui préférer l’évidence d’un lampadaire ?
Le Père Michel CLINCKE, dans la brochure proposée par la Conférence des Evêques de France pour ce dimanche de la santé (page24), insiste avec vigueur sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour rendre possible cette lumière de la guérison : « Sûrement que les chrétiens manquent parfois de piquer de ces colères divines devant certaines situations de précarité en matière de santé ! Malgré le dévouement inouï des médecins, infirmières et aides-soignantes, tous les moyens financiers et humains sont-ils mis en œuvre pour une médecine accueillante à tous dans des conditions optimales ? Il semble plus facile de débloquer des crédits pour produire des sous-marins nucléaires au prix exorbitant que de construire des maisons pour accueillir des enfants porteurs de handicaps, des maisons de retraite avec du personnel en quantité suffisante, des services d’urgence qui ne soient plus engorgés ou fermés, ou encore pour maintenir à domicile de grands malades ! Oui, ‘colère de vie’ de la part de Jésus mais aussi ‘proximité de vie’ ! ‘Jésus se mit en colère, il étendit la main et toucha le lépreux.’ »
Dieu ne se salit pas les mains en touchant les nôtres. Son être est pour nous. Et sa joie est d’une intensité maximale lorsqu’il descend vers notre désir pour l’exaucer. Mais encore faut-il que nous allions à Lui pour l’amour de l’Amour ! Pourquoi donc attendre la lèpre pour plier le genou ? La misère, le manque, la maladie sont-ils nécessaires pour ouvrir les yeux et le cœur ? L’intelligence ne suffit-elle pas pour dessiller la raison et l’emporter dans la compréhension que nous sommes des créés, des fragiles et non des matadors ? Attendre le drame pour appeler le Ciel à la rescousse, c’est bien triste et nul, quand on songe au temps perdu à construire tout seul un univers faussé, parce que sans finalité si ce n’est soi. Mais le temps est encore là… et la reprise possible. Par chance, lépreux, nous le serons tous un jour ; ainsi le Père retrouvera ses enfants. Cependant, il serait si doux pour Lui de nous engendrer au plus vite !
Toujours extraites de la brochure publiée pour ce dimanche de la santé, ces quelques lignes du Père CLINCKE font encore l’éloge du contact physique : « En ce dimanche de la santé, à la lumière de ce toucher de Jésus ‘corps à corps’, ‘peau à peau’, comment ne pas nous demander en quoi nos touchers des personnes souffrantes sont-ils porteurs de la Bonne Nouvelle de Dieu qui rejoint l’humanité dans ses souffrances ? Osons-nous ce toucher salutaire et libre, avec délicatesse, de tous ceux qui sont marginalisés en raison de leur handicap ou de leur maladie lourde, toucher qui leur permet d’être réconciliés dans leur corps, dans leur cœur et dans leurs relations ? « Quand mes mains se glaceront », confiait à une amie une personne en fin de vie, « j’espère avoir quelqu’un aux mains chaudes comme les vôtres pour les tenir ». « Si tu veux relever ton frère », dit une prière, « touche-le avec les doigts du cœur et son visage s’illuminera. Touche-le avec les mots du cœur, même s’il est abattu. Tu verras, il se lèvera. »

Père Thibault NICOLET

Références des textes : Livre des Lévites XIII, 1-2.45-46 ; Psaume CI (CII) ; Première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens X, 31 - XI, 1 ; Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc I, 40-45

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